Résumé :
Il y a
bien longtemps que personne n'est monté au plateau.
Aucun troupeau n'y est allé paître, et le refuge
est resté vide plusieurs décennies. Aucun berger
n'a franchi les montagnes au-delà des limites
raisonnables. Personne depuis la terreur qui s'était
abattue il y a de cela bien des vies, sur la dernière
équipe, sur le dernier troupeau.
La tension
est donc particulièrement intense au village,
lorsque son jeune maire décide d'accepter la
proposition d'un cousin d'organiser à nouveau des
transhumances.
Les jeunes
sont enthousiastes. Enfin du travail. Enfin des salaires.
Enfin de l'aventure.
Les vieux
sont partagés. Certains circonspects. D'autres
déjà terrorisés. Aucun n'a oublié comme
la montagne a fait payer le naïf orgeuil des
hommes.
Ils sont
finalement six à se porter volontaire. Six hommes qui
partent, fiers et heureux, avec tout de même une
petite part d'appréhension coincée à un bout
de l'âme.
Mais il
semblerait que l'endroit ne soit pas aussi acceuillant
qu'il en a l'air. Certains prétendent entendre
d'étranges bruits la nuit. Il se pourrait bien que le
papier trempé dans l'eau bénite de St Martin soit
un véritable talisman pour Barthélémy. En
tous les cas les autres s'en moquent moins depuis que les
bêtes paraissent fragilisées par une étrange
maladie.
Peut-être que la montagne n'a pas
encore donné toute la mesure de sa cruauté, ou
que les hommes n'ont pas réalisé à quel
point la peur elle-même pouvait se révéler
le pire des dangers.
Dans
une écriture très poétique,
relevée et
envoûtante, Charles-Ferdinand
Ramuz fait monter la tension à son
paroxysme en quelques pages, jouant de sa
facilité à décrire les situations, les
hommes et leurs états d'âme, et
surtout les caprices de Dame Nature.